Société
L’alimentation, indice de pauvreté
Les banques alimentaires célèbrent cette année leur 25 e anniversaire. Depuis leur création, leur présence est devenue indispensable face à une paupérisation grandissante.

Les banques alimentaires fournissent 4500 associations et structures sociales en France. Archives Darek Szuster
L’an passé, la collecte nationale de la Fédération française des banques alimentaires a augmenté de 25,4 %, soit près de 12 000 tonnes de pâtes, conserves et autres paquets de café, qui ont servi à confectionner 23 millions de repas. Ces chiffres énormes sont la conséquence de l’aggravation de la misère en France où, selon l’Insee, entre 4 et 8 millions de Français vivaient en dessous du seuil de pauvreté en 2007. Cet écart s’explique selon que l’on prend en compte 50 % ou 60 % du niveau de vie médian.
La moitié du revenu pour se nourrir
La pauvreté a des effets immédiats sur l’alimentation. Quand le contenu de l’assiette se réduit, la qualité de son contenu aussi. Les familles les plus démunies doivent consacrer jusqu’à la moitié de leur revenu pour se nourrir. De ce point de vue, l’année 2007, qui a vu grimper les prix des denrées alimentaires jusqu’à 55 % en dix mois, a contribué à alourdir davantage les budgets les plus réduits. Les banques alimentaires françaises n’ont donc pas été surprises de devoir aider 100 000 personnes supplémentaires en 2008. « Lorsqu’on touche à la nourriture, on touche à l’essentiel », rappelle Alain Seugé, président de la Fédération nationale des banques alimentaires.
Ces 100 000 repas supplémentaires n’ont réussi à combler qu’une petite partie de ce qui aurait dû être servi aux plus pauvres. Fin 2007, les principales associations caritatives craignaient un déficit de 14 millions de repas pour l’année à venir.
À l’autre bout de cette chaîne de la solidarité, les personnes aidées ont bien du mal à joindre les deux bouts. S’il existe, dans les familles les plus pauvres, des cas de malnutrition flagrants, plus généralement, il faut parler de déséquilibre alimentaire.
Selon le Centre d’information en nutrition des professionnels de santé, « en France, les populations défavorisées choisissent en priorité des aliments gras/salés ou gras/sucrés, comme les pizzas, friands, panés, chips, etc. Ces aliments contiennent des calories mais pas de vitamines ni de minéraux. Le faible prix de ces aliments, le fait qu’ils sont pratiques, prêts à manger, ne nécessitent aucune préparation ni cuisine, qu’ils calment l’angoisse et compensent les galères quotidiennes, expliquent en partie ces choix ».
L’Institut national de la recherche agronomique a dressé le même constat. La surconsommation de produits carnés ou surchargés en graisses et, à l’inverse, les carences en légumes, fruits ou féculents, ont des effets sur la santé des personnes pauvres.
L’obésité, autre menace sur les plus pauvres
L’obésité croissante d’une partie de la population française fait partie des principaux indices de précarité. L’INRA remarque qu’en France, comme aux États-Unis, « les individus les plus touchés par l’obésité appartiennent aux groupes sociaux les plus modestes ». « L’obésité atteint près de 16 % chez les ouvrières contre 4 % chez les femmes cadres ou des professions intermédiaires. »
L’Observatoire des inégalités a calculé que dans les classes de CM2 en France, les enfants d’employés et d’ouvriers sont plus touchés par le surpoids, voire l’obésité, que leurs camarades issus de catégories sociales plus favorisées.
Au-delà de l’inégalité sociale et d’une misère insupportable, ces carences alimentaires auront aussi des répercussions sur les comptes de santé de notre pays. Le défi alimentaire n’est donc pas seulement l’affaire du tiers-monde.
Raymond Couraud, lalsace.fr
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