Algérie -La production d’or en baisse constante à Amesmessa
L’Eldorado du Sahara en passe de devenir un gouffre financier

La mine d’or d’Amesmessa (wilaya de Tamanrasset) qui a, quelque temps, peuplé l’imaginaire des chercheurs d’or, déçoit. Censée au départ produire 200 000 et 300 000 onces (entre 5 et 8 tonnes) d’or par an, comme ce fut annoncé en 2007, l’Enor n’arrive à extraire qu’une demi tonne annuellement.
L’Eldorado du Sahara n’est plus qu’un mirage pour les orpailleurs qui, désespérés de ne plus trouver de pépites à Tirek, se sont rabattus sur le gisement d’Amesmessa, en vain. L’Enor, détenue à 48 % par la Société nationale des hydrocarbures (Sonatrach) et à 52 % par l’australien Gold Mining Algeria (GMA), devra ainsi revoir ses ambitions à la baisse après avoir annoncé vouloir atteindre une production de 1,5 million tonnes par an dès 2010, d’autant qu’au 31 décembre dernier le bilan consolidé de GMA, publié le 6 juin dernier, fait ressortir une production de 677 kg d’or en 2010 contre l’extraction d’une tonnes de ce minerai précieux une année auparavant.
La baisse du rythme d’extraction semble se poursuivre à la même cadence, cette année encore. Selon les premiers chiffres publiés par le « groupe » australien, seuls 93 kilos d’or et 22 kilos d’argent ont été produits au cours des trois premiers mois de l’année en cours contre 163kg d’or et 33,9 kg d’argent durant la même période de 2010. Cette contre-performance s’est répercutée sur les ventes de l’entreprise qui écoule 71 % de sa production sur le marché local, alors que 29 % de l’or produit à Amesmessa est exporté.
Les ventes ont ainsi atteint une valeur d’environ 30 millions de dollars en 2010 contres près de 33 millions de dollars en 2009. Plus grave, la mine d’Amesmessa est en passe de devenir un gouffre financier pour l’Enor, qui n’a toujours pas réussi à amortir les 100 millions de dollars investis dans le projet. Investissement financé, faut-il le rappeler, par Sonatrach et les crédits octroyés par des banques publiques algériennes. Selon le bilan de GMA, la société a enregistré une perte de près de 8 millions de livres. Perte justifiée par la faible production enregistrée en 2010 et les problèmes hérités de nombreuses obligations fiscales et de remboursements des crédits contractés.
Le partenaire australien avait un temps justifié les résultats obtenus, médiocres en comparaison aux objectifs assignés initialement, par le manque de ressources et des flux de trésorerie pour financer des opérations de formation et d’exploration, non prises en charge traditionnellement par les banques. C’est ainsi qu’un processus de recapitalisation avait été entamé. La première recapitalisation prévue à cet effet avait permis à l’entreprise de porter son capital de 1,9 milliard de dinars à 3,2 milliards de dinars. Aussi, GMA a réalisé une première opération en 2009, levant des fonds sur la bourse de Londres, qui ont permis à Askom Precious Metals Mining, filiale du fonds d’investissement égyptien Citadelle, d’obtenir 9 % du capital du groupe australien pour un montant de 1,9 million de livres sterling.
Or, il apparaît aujourd’hui que c’est le potentiel de la mine qui est remis en cause. GMA reconnaît, dans son bilan, sa déception quant aux volumes de minerais à haute teneur prévus par les modèles géologiques. Le tonnage de minerai à haute teneur extrait en 2009 était estimé à 60.720 tonnes contre seulement 36.410 tonnes en 2010. Amesmessa risque-t-elle de connaître le même sort que la mine fermée de Tirek laquelle a vu sa production chuter à vue d’œil en 2007 ?
Aventure coûteuse, la ruée vers l’or du Sahara devrait, en tout état de cause, remettre aux devants de la scène la question de gestion du domaine minier national et son exploitation ainsi que des cahiers des charges qui s’y rapportent.
[Via] Melissa Roumadi, latribune-online.com