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Si les magasins photo spécialisés sont passés de 7 000 à 3 000,

les tirages ont toujours la cote.

Une famille d'Ille-et-Vilaine. Jérôme Fouquet

Avec l’arrivée des appareils numériques, on avait enterré, un peu vite, la photo sur papier. Les négatifs ont bien disparu, mais elle est toujours là, cette bonne vieille photo qu’on regarde, montre, affiche, range dans une boîte à chaussures, édite en livre personnel…

À la borne de son magasin de photo, Nicole est concentrée.
Elle a branché sa fidèle clé USB et, du doigt, elle sélectionne sur l’écran tactile, les photos qu’elle veut faire tirer. Après avoir hésité sur un énième sourire de ses enfants, elle envoie au développement une quarantaine de photos. « Une sélection de mes vacances. Je ne tire que mes préférées. Et il y a un album à chaque fois ». Nicole n’est pas un dinosaure menacé de disparition. En 2011, les Français auront tiré à peu près 1,8 milliard de photos.

Pourtant, lors du passage de l’argentique au numérique, personne ne pariait sur la survie du papier. Il faut dire que la rupture a été brutale. De 2000 à 2003, les appareils photo numériques ont complètement envahi le marché.

Marc Héraud, secrétaire général du Syndicat des entreprises de l’image et de la photo (Sipec).
Au début de cette nouvelle ère, « tirer ses photos est devenu moins évident, se souvient Marc Héraud, secrétaire général du Syndicat des entreprises de l’image et de la photo (Sipec). Mais rapidement, tout le monde s’est rendu compte que les photos dormaient dans l’ordinateur. » Selon cet observateur attentif du marché de la photo, ce sont d’abord les femmes qui ont voulu retrouver les tirages. « Et les familles ont commencé à avoir des imprimantes pour des petits formats, un peu à la mode des polaroïds ».

D’autres éléments ont poussé à revenir au papier.

La peur du bug bien sûr. Plus de la moitié des photographes conservent leurs photos sur un disque dur externe mais, tout le monde sait désormais que ce n’est pas une assurance tous risques, même si le stockage de ses photos sur des sites spécialisés se développe en plus, aujourd’hui.

Colette, adepte lannionaise des tirages
« C’est quand même plus sympa en album, insiste de son côté Colette, adepte lannionaise des tirages. On les regarde plus facilement et c’est surtout moins casse-pieds à montrer aux potes qui les découvrent à leur rythme, sans les commentaires. Ils n’ont pas l’impression d’assister à une séance diapos. Ils peuvent continuer à boire leur apéro. »

Annarita, grand-mère de Saint-Brieuc,
pense pour sa part à sa petite-fille. Elle lui concocte, page après page, l’album qu’elle lui donnera plus tard. Peut-être qu’ainsi la petite Lou aura le plaisir, un après-midi d’hiver dans un grenier, de feuilleter cet album ou d’ouvrir des boîtes à chaussures remplies des images de sa famille.

« Elles tiendront trente ans »

Christian Caujolle, ancien directeur de l’agence Vu, avance d’autres explications.
☼ La première est pratique : « Les gens ne savent pas indexer leurs photos sur leur ordinateur, donc ne les retrouvent pas. »
☼ La seconde est d’ordre intime. « Il y a une nostalgie de la photo. Regardez tous ces appareils qui reprennent la forme des anciens. Et nous avons un besoin basique de matérialité. Le papier nous l’offre. »

Ce qui est clair, c’est que nous sélectionnons davantage nos images. Fini le temps où nous emmenions nos pellicules de 24 ou 36 poses que l’artisan photographe tirait intégralement, excepté quelques-unes qu’il jugeait loupées. Fini aussi le rush dans les magasins à la fin des vacances.

Du coup, on redevient exigeant sur la qualité des tirages. Notre oeil supporte de moins en moins les imprimantes infidèles en couleurs ou les photos qui ne passeront pas une génération.

➔ « Les photos qu’on nous confie sont rectifiées et tirées par un opérateur avec la technique de l’argentique, détaille Manuel Lopez, responsable d’un des deux derniers magasins de photos spécialisés de Rennes. Donc, elles tiendront au minimum trente ans.

Sur la plupart des imprimantes familiales :
➔ dix à quinze ans à l’ombre,
➔ cinq à sept ans à la lumière ».

Une nouvelle pratique se développe aussi :
réaliser des livres avec ses photos. Chacun fait son tri et la mise en page de ses clichés, avec ou sans légende, sur Internet. Quelques jours plus tard, le beau livre peuplé de souvenirs arrive dans la boîte aux lettres. On prévoit que les Français vont en commander 2,7 millions cette année, soit un quart de plus qu’en 2010.

Cet engouement pour le papier serait-elle une affaire de vieux ?
Léa, 20 ans, de la génération numérique toujours entre deux écrans, cherche son premier vrai appartement. Elle a déjà fait tirer une vingtaine de photos pour les accrocher au mur. Pas question d’y mettre un cadre numérique. Cette innovation a fait flop en deux ans.

[via]  Gilles Kerdreux, ouest-france.fr

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