Le Dr Abdenour Nouiri, enseignant à HEC Alger:
« Les universitaires peuvent créer 20.000 entreprises »

Abdenour Nouiri
Abdenour Nouiri, enseignant à HEC Alger, s’est engagé depuis plusieurs années à accompagner les créateurs d’entreprises issus des instituts d’enseignement,
Il réponds aux questions du quotidien l’expression :
❏ Vous êtes un des précurseurs de l’entrepreneuriat en milieu universitaire. Vous êtes impliqué dans des initiatives américaine avec le Napeo, arabe avec Indjaz, française avec la FIE. Pourriez-vous nous en définir les contours ?
➔ Je dois tout d’abord vous préciser que mon engagement vis-à-vis de l’entrepreneuriat remonte en fait à 1994 avec la création de l’association Start que j’ai l’honneur de présider depuis cette date. Start a élu domicile au sein de l’ex-INC et rapidement en est devenue le fer de lance. Sa devise, « Libérons les énergies », est déjà l’affirmation de toute une vision qui met en avant le « compter sur soi pour mieux servir son pays ».
Au fil des années, les centaines d’étudiants qui se sont succédé au sein de Start ont eu à coeur de développer des projets tant dans les domaines de la culture, du sport, du tourisme solidaire que dans celui de l’humanitaire. Beaucoup d’entre-eux ont créé leurs propres entreprises une fois leurs diplômes obtenus. HEC Alger, nouvelle dénomination de l’Institut national de commerce, a fait son credo de cette philosophie et sa devise est « Innover et entreprendre ». C’est toute une équipe qui porte cette volonté de permettre à nos étudiants de créer leurs propres entreprises. Comme vous le dites, ce sont des partenaires de tous bords – Américains, Arabes, Français, Allemands et autres – qui ont exprimé le désir de travailler avec notre école pour la réussite de l’entrepreneuriat dans notre pays.
❏ Quels sont les éléments déterminants de l’implication du monde universitaire dans le développement de l’entrepreneuriat en Algérie ?
➔ L’université a un rôle important à jouer dans le domaine de l’entrepreneuriat. Le programme du gouvernement prévoit la création de 200.000 entreprises annuellement. L’université, de manière large, et les grandes écoles en particulier peuvent contribuer à atteindre cet objectif. Tout d’abord, il faudrait généraliser le cours d’entrepreneuriat enseigné depuis 4 ans déjà au sein de HEC. Ce cours devrait intervenir en seconde année à l’université, donc en licence, et en 4e année dans les grandes écoles donc en Master. Une autre initiative à développer est la mise en place d’incubateurs en milieu universitaire, un milieu qui leur sera grandement favorable et qui permettra à l’entreprise de s’introduire enfin de manière pérenne au sein de l’université algérienne. On peut aussi envisager la création d’un centre de carrière, comme il en existe au sein de HEC Alger, pour orienter au mieux les étudiants vers le monde professionnel. Enfin, l’expérience de la FIE, tentée par 7 écoles, devrait concerner dès l’an prochain les autres écoles hors université et, dans un second temps, être étendue à toute l’Université. Pour l’objectif de création de 200.000 entreprises par an, si l’université pouvait contribuer dans la mesure de 10%, nous pourrions dire que nous sommes sur la bonne voie.
❏ Le lancement du Casbah Business Angels est-il un facteur favorisant le lancement de nouvelles entreprises dans notre pays ?
➔ L’annonce de la création du « Casbah Business Angels » (CBA) a été faite au sein de HEC Alger, le 30 octobre 2011 par M.Yacine Rahmoune, un de ses membres fondateurs, pendant la conférence donnée par plusieurs entrepreneurs américains qui ont visité notre pays durant trois jours. Actuellement, le financement des porteurs de projets passe par l’Ansej, l’Andi et le système bancaire classique. Il y a la place pour un système nouveau, les « Business Angels », système qui a vu le jour aux Etats-Unis et qui fait que le membre du Business Angels n’est pas seulement un pourvoyeur de fonds. Il s’implique réellement dans le développement de l’entreprise dans laquelle il place ses mises.
Plusieurs chefs d’entreprises algériennes ont déjà donné leur accord pour rejoindre le CBA. Des Algéro-Américains vont en faire de même. Notre école aura certainement un rôle à jouer, rôle qui pourrait être discuté avec les initiateurs du CBA. Il est certain que cette nouvelle forme de financement, plus souple que le traditionnel circuit bancaire, va booster la création d’entreprises, surtout des PME, voire même des microentreprises.
❏ Peut-il y avoir un dénominateur commun pour toutes les initiatives lancées en Algérie, une sorte de structure qui permette une certaine coordination ?
➔ Il y a effectivement la place pour une structure de réflexion et de dynamisation des actions en faveur de l’entrepreneuriat. Mon collègue Kamel Mérarda et moi-même avons lancé l’idée de la création d’une association en ce sens. Et comme l’idée nous paraît opportune, nous l’avons intitulée IDEA («Idée» en anglais) à savoir Initiatives pour le développement de l’entrepreneuriat en Algérie. Plusieurs personnes physiques et morales nous ont déjà donné leur accord de principe pour participer à la création de cette association. Une première réunion préparatoire devrait se tenir à HEC Alger dans les prochaines semaines. Toutes les bonnes volontés y sont les bienvenues.
[via] Idir Tazerout, lexpressiondz.com