Dîner, regroupement et nerfs au menu : Une soirée pas comme les autres
Jamais – peut-être – dans l’histoire de l’Algérie moderne un jour n’est tant préparé d’avance que ce 14 novembre 2009. Chaque famille algérienne imagine un programme particulier pour une soirée pas comme les autres.
Les femmes, d’abord, comptent cuisiner plus tôt que d’habitude. « Mes frères nous ont demandé, à moi et à ma mère, de ne servir le dîner que si l’EN gagne », disait spontanément une jeune femme, dans un bus à Boumerdès. Pour Mme Ourida du quartier de Belcourt à Alger, « le menu sera un poulet rôti et du riz puisque mon mari et mes cinq enfants veulent fêter, Incha Allah, la victoire de l’Algérie ». Les restaurants ne sont pas en reste puisque comme ammi Rezki, à la rue Tanger à Alger-Centre, « on préparera quelques plats spécialement pour nos clients qui suivront le match Egypte-Algérie assis à leur table ». Mieux encore, les restaurants-relais éparpillés sur les abords des routes à travers le pays ont, eux aussi, agencé les tables de manière à permettre aux clients de regarder le match tout en mangeant à l’aise.
Pourtant, des garçons s’organisent à convaincre leurs parents de leur laisser la maison pour inviter des copains. « Moi je serai avec mes potes dans l’appartement de mes grands-parents, à El Biar, pour le match. Chacun amènera de quoi manger et boire pour cette occasion », lance Mehdi, étudiant à l’USTHB. Des femmes ont aussi trouvé leur astuce : « Mes amies et moi serons isolées dans ma chambre pour l’ambiance de cet événement, car mes frères sont difficiles à supporter », avoue Mehdia, jeune agent dans une banque. Les thermos de café, de thé et bien évidemment les cigarettes et les sachets de chemma (tabac à chiquer) sont déjà stockés. « J’ai acheté une cartouche de Gauloises que je grillerai lors des 90 minutes du match », lâche d’un ton viril Boudjemaâ, 49 ans, chef de sécurité et hygiène dans une entreprise. Il prévoit de vivre cet événement sportif dans un garage avec des voisins. Dans les quartiers, un peu partout en Algérie, des groupes de citoyens s’organisent pour avoir soit un data-show, soit un grand téléviseur.
Les enfants ne seront pas en reste. Ils bénéficieront – du jamais vu auparavant – d’un accoutrement digne d’une chorégraphie. Les couleurs khadra ou beida (vert et blanc) seront sur les survêtements, les bandeaux, les poignets, les casquettes, les écharpes, les fanions, les porte-clés et bien évidement l’emblème national, mais alors dans toutes les dimensions. « J’ai collé le drapeau juste derrière la télévision et on sera comme une armée avec mes frères et mon papa, tous vêtus de vert et blanc » dit, tout fier, Nassim du quartier d’Hydra.Les vieux, grabataires pour certains ou par juste recul, se colleront leur poste radio à l’oreille, comme au beau vieux temps de la TSF, au moment où les CD laisseront échapper non-stop les tubes dédiés à l’équipe nationale de football comme Ghir awad’ha ya Saâdane (remets-la ya Saâdane).
[ via l’article d’origine ]
de Salah Eddine Belabes, elwatan.com
publié, le 12 Novembre 2009