Et si les immigrés cessaient de travailler et de consommer pendant 24h00
Et si le 1er mars 2010, les immigrés s’arrêtaient de travailler et de consommer durant 24h00? Ce projet d’action, lancé par un collectif qui entend protester contre la politique d’immigration, tisse rapidement sa toile sur internet.

Le marché de Mulhouse serait bien vide sans immigrés. Photo Darek Szuster
« Nous voulons ainsi exprimer un véritable ras-le-bol de voir les immigrés utilisés par les politiques comme des boucs émissaires en période de crise économique et d’élections », explique Nadia Lamarkbi, présidente de l’initiative « la journée sans immigrés, 24h00 sans nous », présentée à la presse mardi.
« Le déclic a été provoqué par les propos lancés par Brice Hortefeux à un jeune militant d’origine maghrébine lors de l’université d’été de l’UMP et par les lamentables tentatives de justification qui ont suivi », dit cette journaliste franco-marocaine de 35 ans, qui « depuis longtemps » avait « le désir d’agir contre le mépris ».
La jeune femme a calqué cette idée de boycott économique sur un vaste mouvement de protestation mené par les Latinos-Américains aux Etats-Unis en 2006 contre la politique d’immigration.
Elle avoue avoir été « surprise par l’engouement rencontré sur internet » via un site ( www.lajourneesansimmigres.org ), un blog et une adresse Facebook qui compte déjà 5.000 fidèles.
« Tout a été très vite », dit-elle, « je n’envisageais qu’une action sur Paris mais nous avons déjà 10 comités en province. Nous avons été rejoints par des chercheurs, des politiques, des syndicats, de grandes associations comme le Réseau éducation sans frontières, ainsi que de nombreux citoyens qui nous disent « on n’attendait que cela » ».
Dans un « manifeste » publié sur son site, le collectif appelle les « immigrés, descendants d’immigrés et citoyens conscients de l’apport essentiel de l’immigration » à « cesser de consommer et/ou de travailler » le 1er mars 2010. Cette date marque le cinquième anniversaire de l’entrée en vigueur du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA), qui instaurait une immigration « choisie » sur des critères économiques.
« Pour la première fois en France, nous décidons de ne pas participer à la vie de la Cité », poursuit le texte. « Par cette absence, nous voulons marquer la nécessité de notre présence ».
« Ce retrait de la vie économique vise à montrer que les immigrés sont une richesse au sens propre et figuré, des éléments moteurs de l’économie et de la société », souligne Mme Lamarkbi. « C’est notre manière de réfléchir sur la place des immigrés et de leurs descendants en plein débat instrumentalisé sur « l’identité nationale » » et de réclamer « le respect ».
Les premières réunions publiques du collectif ont regroupé des personnes très diverses, jeunes de quartiers défavorisés, chercheurs, cadres et chefs d’entreprise nés de parents étrangers, ou travailleurs sans-papiers.
« C’est l’occasion de prouver que la sueur des immigrés fait tourner l’économie française !», souligne Malik Redane, Algérien de 42 ans, travaillant clandestinement sur des chantiers. Pour Seydou Cissé, ingénieur trentenaire d’origine ivoirienne, dans un contexte de crise, « ce boycott peut être une façon très efficace de faire entendre un refus massif de la stigmatisation et de l’instrumentalisation des immigrés et de leurs descendants ».
[ via l’article d’origine ]
de lalsace.fr
publié, le 24 Novembre 2009