Le 1431e ramadan de l’Histoire, mois de piété, de charité et… d’identité
Près d’un milliard et demi de musulmans dans le monde entament aujourd’hui le ramadan, mois sacré de jeûne et de prières, qui commémore la révélation divine reçue par le prophète Mohamed.
Un haut lieu de l’islam : la mosquée Al Aqsa, dans la vieille ville de Jérusalem, sur la colline qui est pour les juifs le Mont du Temple, édifice religieux détruit par les Romains en l’an 70, mais dont il subsiste le Mur des Lamentations. Photo MAXPPP
Durant un mois, les musulmans vont célébrer la révélation du Coran, le livre saint de l’islam, au prophète Mohamed, par l’archange Gabriel. Le ramadan correspond au neuvième mois lunaire de l’année islamique et constitue l’un des cinq piliers de la religion musulmane.
La date du début du ramadan pour la France a été fixée, hier soir, après observation de la Lune, par les autorités religieuses réunies à la Grande mosquée de Paris, au cours de la « nuit du doute », au 29 e jour du mois de Chaâbane de l’année hégirienne (le calendrier musulman, qui est plus court, en moyenne, de onze jours que notre année civile).
L’an dernier, sept musulmans sur dix déclaraient observer le jeûne du ramadan en France. Des sociologues estiment que cette pratique devrait encore se développer, à partir de motivations identitaires plutôt que religieuses.
Franck Fregosi, universitaire et chercheur au CNRS, note ainsi, dans son livre Penser l’islam dans la laïcité, que le jeûne du ramadan « revêt en fait une signification intensément identitaire, qui dépasse sa stricte signification canonique et transcende les clivages croyants/non croyants, pratiquants/non pratiquants ».
Des imams en renfort
Sa collègue Martine Cohen, du CNRS, évoque aussi un phénomène identitaire, qui devrait s’affirmer après les débats sur le voile intégral et l’identité nationale, tandis que le discours sécuritaire du président Nicolas Sarkozy met l’accent sur la délinquance d’origine étrangère. « Le repli communautaire est dans l’air du temps », confirme l’universitaire Abdelwahab Meddeb, animateur de l’émission Cultures d’islam sur France Culture.
Il souligne l’impact « considérable » des télévisions satellitaires du Golfe, qui ne diffusent, pendant cette période, que des émissions religieuses.
Toutefois, aux yeux du président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Mohammed Moussaoui, « l’aspect identitaire de la pratique du ramadan ne (lui) semble pas évident ». Il rappelle qu’ « en période de crise, le retour à la spiritualité semble être un phénomène connu et, à ce titre, le mois de ramadan pourrait mettre ce retour en évidence ».
En tout cas, les musulmans sont plus nombreux à se rendre à la prière pendant le ramadan, au point que l’islam de France manque d’imams pour accueillir les fidèles pendant cette période.
Cette année, indique le bureau des Cultes du ministère de l’Intérieur, 165 imams sont venus du Maroc, 100 d’Algérie et six de Libye pour prêcher et conduire la prière ; une centaine sont également attendus de Turquie, selon le CFCM.
[via] lalsace.fr