Alger – Sept familles en détresse à la rue Necira Nounou à Belouizdad
Après l’effondrement de leur maison causé par des travaux de terrassement
Photo : Riad
Au 17, rue Necira Nounou, dans la commune de Belouizdad à Alger, sept familles vivent dans une situation de grande détresse. Elles lancent un appel au président de la République, Abdelaziz Bouteflika, pour qu’on leur vienne en aide
Un sinistre en pleine nuit
Ces familles occupent une même bâtisse. Depuis de longues années, elles cohabitaient dans la paix et la sérénité. Dimanche dernier, aux environs de 2 heures du matin, une terrible catastrophe les arrache de leur quiétude. Un engin de terrassement fait vibrer toute la bâtisse et avec elle des cœurs et des corps fragilisés par « le comportement irresponsable » d’un entrepreneur. Ce dernier aurait ordonné des travaux sans prendre en considération les risques sur l’état des habitations mitoyennes. Et ce, malgré toutes les mises en garde, voire les supplications des riverains. Ce qui devait arriver arriva. L’engin fonce dans le sol… et fait des dégâts. De grands dégâts puisqu’il y a eu mort d’une dame de 83 ans, en plus de l’effondrement de plusieurs pièces de différents appartements. Sans compter les traumatismes psychiques subis par tous, dont une jeune lycéenne qui prépare son baccalauréat et qui pense d’ores et déjà tout abandonner.
« Il creusait toute la nuit et sans autorisation. Des policiers en civil tournent autour mais ne font rien. Personne ne l’arrête. Je ne comprends pas ce laxisme des services de l’ordre et de toutes les autorités locales », s’écrie un homme, la quarantaine environ. Ce n’est donc pas à cause des intempéries que cette bâtisse est tombée en ruine et que la dame de 83 ans est décédée. C’est plutôt à cause des travaux de terrassement engagés sur le site mitoyen. « Ce n’était pas à cause des intempéries. D’ailleurs, ce n’est qu’après l’effondrement de ces pièces que la pluie a commencé à tomber », lance Mme Ghania, à la fois résignée et outrée par ce qui s’est passé. « J’ai averti l’entrepreneur. Je lui ai dit que s’il creusait davantage, il ferait de grands dégâts…» « Et voici les dégâts faits dans l’indifférence totale de l’entrepreneur lui-même et des autorités publiques », dénonce un autre homme, 35 ans environ. Ce dernier est hors de lui : « J’ai dépensé un argent fou pour refaire la maison. J’ai mis trois couches de ciment…» Mme Ghania, apparemment touchée plus que d’autres, affirme avoir tout perdu : « Toutes nos affaires, nos biens, nos bijoux, notre argent sont sous terre. Il ne me reste que ces vêtements que je porte à présent ». Le regard triste, plein de colère, elle se rappelle sa belle-mère, la dame décédée à l’âge de 83 ans. « Nous n’avons pas pu la secourir. Elle était paraplégique, elle ne pouvait pas se déplacer… Nous nous sommes occupés des enfants, dans un moment de grande panique. C’était affreux » .
Mépris, indifférence et grands dégâts
Cette nuit-là était terrible pour tous. « J’ai retiré mon enfant de 8 ans de sous l’armoire et d’autres affaires tombées après l’effondrement d’un mur de la chambre à coucher. J’étais affolée. Je me demande comment j’ai réussi à rassembler mes forces et le sauver de cette façon-là. J’ai failli le perdre… » raconte une autre femme. « Aux environs de 10 heures, des fissures ont commencé à apparaître dans les murs de la cuisine. C’est mon fils qui a attiré mon attention mais je n’y ai pas accordé trop d’importance. Je me suis dit que mon mari s’occuperait du problème dès qu’il rentrerait le matin (il a travaillé la nuit). Malheureusement pour nous, à 2 heures, toute la maison s’est mise à vibrer. Nous étions pris d’une grande panique. Je n’arrive pas à croire que nous sommes toujours en vie », poursuit-elle. Selon cette femme, une quarantaine d’années environ, mère de trois enfants, la responsabilité de ce « massacre » incombe entièrement à l’entrepreneur. « Nous lui avons dit de ne pas creuser. Il voulait faire un sous-sol de 9 mètres. C’était absurde », dit-elle. Un autre habitant crie sa colère : « Pendant les dix jours qu’il creusait sans autorisation, personne n’est venu l’arrêter. En plus, il faisait cela la nuit, à partir de 19 h. Il ne nous laissait pas dormir ». Peut-être que l’effondrement de cette bâtisse du 17, rue Necira Nounou est réellement de la responsabilité de cet entrepreneur et donc du nouveau propriétaire du lot de terrain mis en cause. Peut-être que non. Les spécialistes du CTC et la justice confirmeront ou infirmeront les accusations des riverains. Il est toutefois déplorable de constater que, du jour au lendemain, sept familles se retrouvent sans toit, sans biens et sans aucune joie de vivre.
Pendant la journée, les femmes et les enfants se regroupent dans ce qui reste de la bâtisse. Les hommes vont ailleurs (au café, dans la rue…). La nuit, à partir de 19 heures, le directeur d’une entreprise publique –qui se trouve en face de la construction en ruine- a mis à la disposition des femmes et de leurs enfants deux grandes pièces. Elles s’y installent la nuit et les quittent le matin. « Nous remercions vivement ce responsable et le chef de parc pour ce qu’ils font pour nous mais ce n’est pas une solution. Il faut que l’Etat nous donne des logements », lance Mme Ghania. Une mère de chahid, les 90 ans passés, affirme à voix très basse : « J’ai toujours payé le loyer, l’eau et l’électricité. Je n’ai jamais demandé quoi que ce soit à l’Etat. Mon fils a pourtant tout donné. Moi aussi… Maintenant, je demande un logement. Je supplie les pouvoirs publics de me donner un logement à moi et aux autres membres de ma famille. Je ne peux pas vivre dans ces conditions ».
Pas question de vivre dans un chalet
Et une autre femme de crier sa colère : « Pas question de vivre dans un chalet. Je n’irai pas à Fort de l’eau [ Bordj El Kiffan ] vivre dans un chalet. Ce sont eux qui nous ont agressés. Ce sont eux qui nous ont détruit nos logements. Qu’ils nous en donnent d’autres ! »
Le relogement provisoire dans les chalets, c’est le président de l’APC de Sidi M’hammed, Mokhtar Bourouina, qui l’a évoqué. Il s’est déplacé sur les lieux, la nuit même du sinistre et l’a proposé aux victimes. Il a refait sa proposition plusieurs fois aux concernés mais ces derniers sont catégoriques : « Pas question d’aller dans des chalets. C’est le provisoire qui dure ». Y a-t-il une autre solution ? Rien ne se profile à l’horizon. Entre-temps, les familles souffrent le martyre. Angoisse, colère, haine, frustration… Elles sont livrées à elles-mêmes. Elles en appellent au président Bouteflika pour qu’on trouve une solution à leur calvaire, qu’on leur rende surtout justice. Elles menacent de recourir à la protestation si leur demande de logement n’est pas satisfaite.
[via] Karima Mokrani, latribune-online.com
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