Google Wave va-t-il tuer l’email?
INTERNET – A mi-chemin entre le courrier électronique, le chat et le travail collaboratif, Google Wave est déployé à 100.000 bêta-testeurs ce mercredi…

A quoi ressemblerait l’email s’il était inventé aujourd’hui? C’est la question un peu pompeuse posée par les frères Rassmussen (à qui l’on doit Google Maps) en dévoilant Wave, en mai dernier. Ouverte uniquement à un petit nombre de développeurs jusqu’ici, la vague va prendre de la hauteur mercredi et sera accessible à 100.000 testeurs –déjà choisis, mais Google intégrera petit à petit davantage de personnes.
Google Wave, kezako exactement? La compagnie le décrit comme « un nouvel outil de communication et de collaboration » open source. Mais parce qu’on n’est pas loin du changement de paradigme, expliquer Wave à sa mère –à peine familière avec le nom Twitter– est une tâche laborieuse.
A la croisée des chemins
Il faut imaginer Wave comme une conversation flottant dans le nuage du web, permanente et en temps réel. On peut inviter des amis à la rejoindre à n’importe quel moment, découper la vague en vaguelettes, y éditer un document à plusieurs mains (et en même temps), ou encore partager des photos ou des fichiers en les glissant dans le flot. Et parce qu’un Wave est un objet, on peut l’intégrer (embedded) à son blog par exemple ou, à terme, la consulter hors-ligne (via les nouvelles fonctions du HTML 5, la prochaine révision du langage principal du web). Parce qu’une conversation peut vite devenir complexe, une fonction « replay » permet de rejouer la vague étape par étape.
Wave se situe quelque part entre l’email, la messagerie instantanée, un forum et un wiki. Perdus? Un tour par la présentation officielle (raccourcie à 10 minutes) s’impose. Sinon, il y a aussi la version en LEGO ci-dessous.
Puissant mais complexe
Ici ou là, la plupart les développeurs qui ont pu jouer avec sont assez enthousiastes sur les possibilités. « C’est de l’email en temps réel sous stéroïdes. Wave pourrait être à la communication en ligne ce que le Fosbury a été au saut en hauteur: on se demandera peut-être dans cinq ans comment on a fait avant », écrit Ben Rometsch.
Avec de nombreux développeurs travaillant à intégrer des applications dans la vague (Google a fait une démonstration avec un jeu d’échecs par exemple), le potentiel de Wave pourrait exploser. Ou imploser. A l’heure actuelle, il existes de nombreux ralentissements –Wave est très lourd pour les moteurs javascript. Interrogé par 20minutes.fr, Google promet déjà « des moments chaotiques » mercredi. En revanche, pour séduire les entreprises, la firme de Mountain View offre la possibilité d’héberger les vagues sur son serveur personnel. Une bonne idée, pour des questions de confidentialité et de fiabilité, à l’heure où Gmail connaît des pannes épisodiques.
Quelle réponse du public?
Au-delà de l’aspect technique, il n’est pas garanti que le grand public adopte cette nouvelle manière de communiquer. Wave remet également au goût du jour l’aspect temps réel d’un message visible au fur et à mesure qu’il est rédigé, caractère par caractère (option par défaut qui peut être désactivée). Certains sont séduits par le gain de temps de conversations plus efficaces. D’autres préfèrent en revanche penser, modifier et corriger leur message avant de l’envoyer. « Dans sa globalité, Wave demande de penser une conversation différemment, ce qui pourrait limiter sa percée », selon un analyste de Forrester Research. Il faudra apprendre à surfer la vague. Sous peine de se laisser submerger.
20minutes.fr