Championnat d’Afrique de Handball
Le spectre pesant du jeu de coulisses
La coupe d’Afrique de handball se jouera à partir d’aujourd’hui en Egypte. La sélection algérienne comme celle d’Egypte y participent. Compte tenu de la tension accumulée entre les deux en football, bien des observateurs n’hésitent pas à faire part de leurs appréhensions sur les risques de dérapage qui pourraient avoir lieu au cours de la manifestation même si la Fédération égyptienne se veut rassurante et distribue à gauche comme à droite tous les gages d’un déroulement serein.
Ce qui, au demeurant, ne serait que souhaitable en ce sens qu’il ne s’agit finalement que de sport et mieux encore que le sport sert plus à raffermir les liens d’amitié et de fraternité que d’installer la discorde.Cela étant, des voix s’élèvent d’ores et déjà pour dire que cette manifestation serait déjà biaisée du fait de la présence, voire de l’omniprésence des officiels égyptiens dans la quasi-totalité des rouages des institutions sportives qui chaperonnent la discipline, en l’occurrence le handball.Il est vrai que, même si cette appréciation est à la limite du procès d’intention fait par un ou deux pays, l’Egypte dispose au moins de deux éléments essentiels à un haut niveau de la discipline. Nous n’en citerons que Hassan Mustapha, président de la Fédération internationale de handball et Elbeltagui, membre du Comité exécutif de la Confédération africaine de la même discipline. Ce qui, somme toute, n’est pas rien.
La marge de manœuvre est donc moins restreinte dès lors qu’il sera question d’une assistance… désintéressée à la sélection du pays organisateur. Donc, comme atout supplémentaire, l’Egypte est organisatrice de l’évènement. Or, dans 80% des cas de figure, le pays organisateur, du moins sur le continent africain, garde le plus intacte des chances à remporter le trophée mis en jeu, quoiqu’il ne peut être reproché à un pays donné d’avoir obtenu le droit d’organiser sur son sol une manifestation sportive de cette envergure. Ce qu’il ne peut être reproché également à l’Egypte, c’est le squat de la quasi-majorité des institutions sportives continentales, et plus particulièrement l’appartenance à l’essentiel des commissions stratégiques et/ou décisionnelles dans la mesure où cela est de bonne guerre et obéit à une attitude qui tient d’une culture qui dépasse les seuls appétits ou calculs au niveau régional ou continental sachant que les rouages des autres grandes institutions sportives, à l’image de la FIFA, l’UEFA et le CAF, sont régulièrement l’objet de luttes implacables entre pays respectifs disposant de candidats.
Ces luttes dépassant de loin le simple challenge sportif puisqu’elles sont souvent éclaboussées de scandales liés à la corruption sous ses formes les plus diverses et ramassés sous le qualificatif pusillanime de «lobbying».Notre pays fait partie des pays qui contribuent à l’entretien de ces pratiques et le contraire aurait été pénalisant pour lui, sauf qu’au lieu de courir pour d’autres candidatures, les responsables algériens, qui ont aidé et surtout pesé dans le choix de nombreux dirigeants d’autres pays au sein des plus importantes institutions sportives, devraient, du moins à l’avenir, réfléchir à deux fois avant de les coopter, voire de les imposer aux jeux de coulisses. Les récents évènements ne leur sont-ils pas, tel un boomerang, revenus à la face au cours du mois de novembre passé ? Quoiqu’il en soit, il n’est pas question également de dénaturer, pour le simple plaisir de le faire, ce Championnat d’Afrique de handball et encore moins de remettre en cause un parcours honorable, voire couronné de la sélection du pays organisateur mais juste aussi de souligner que la sélection algérienne qui planait sur la discipline est actuellement loin d’être fringante. Bouchekriou, le sélectionneur national lui-même l’a affirmé sur les ondes de la chaîne trois au cours du rendez-vous sportif matinal de mercredi.
En conclusion, en sport et dans toutes ses disciplines, il n’est pas aisé de disposer du beurre et de l’argent du beurre si ne sont pas associés aux performances physiques et techniques d’autres artifices d’appoint comme l’intégration de personnes et l’intégration en force des structures de décision.C’est d’ailleurs à travers des propos feutrés que le nouveau président du COA, en visite amicale à notre journal au cours de la journée de lundi, laissait entendre que «…l’un des objectifs, du moins à court terme, est de renforcer la représentation de l’Algérie auprès des instances internationales. Et ceci est d’autant plus valable que la dernière édition de la CAN a prouvé combien la bataille du lobbying au sein des instances internationales est dure à gagner…notamment devant la mainmise d’autres pays ». CQFD
[ via l’article d’origine ]
Par A. Lemili, latribune-online.com
publié, le 11 Février 2010