Comment lutter contre une crise alimentaire ?

La hausse du prix des matières premières génère de nouvelles inquiétudes à travers le monde, dans les pays les plus pauvres, mais aussi en Occident. Il reste beaucoup à faire pour garantir l’accès à la nourriture.
Repères
Un cocktail explosif.
La terre peut nourrir sept milliards d’habitants aujourd’hui, sans doute neuf ou dix milliards dans quarante ans. Comment, alors, expliquer le mouvement erratique des prix ?
Les avis des économistes divergent sur le rôle de la spéculation. Pas d’accord non plus sur les solutions. Encadrer le marché, comme certains le réclament, et affirmer la souveraineté alimentaire des États ? Ou démanteler les derniers freins à la libéralisation du marché ? La question n’est pas seulement économique. Elle est aussi démographique, et environnementale, avec les incertitudes liées au réchauffement climatique. « Sans un accès sécurisé pour tous à la nourriture », l’économiste Thierry Pouch craint l’émergence de nouveaux conflits, qui pourraient déboucher sur des affrontements armés pour l’accès à l’eau et aux terres (1).
Le spectre des émeutes de la faim. « Méfiez-vous de notre faim et de notre fureur. » Vendredi, en Jordanie, des milliers de personnes ont manifesté dans plusieurs villes du pays. En 2008, la flambée du cours des céréales avait provoqué des émeutes dans une trentaine de pays. Si les Français consacrent 15 % en moyenne de leur budget à l’alimentation, ce pourcentage peut grimper à 50 % et plus dans de nombreux pays du Sud.
Des conséquences pour le consommateur français. Quelle sera la répercussion de l’envolée du prix du blé, du colza, du café ou du concentré de jus d’orange pour le consommateur, en 2011 ? Pour des pâtes alimentaires, le blé compte pour 70 % dans le prix de revient. C’est 80 % pour l’huile de colza. Pas bon non plus pour les poulets nourris au grain. Les éleveurs et industriels vont essayer de répercuter ces hausses. Mais ils vont se heurter à la puissance des centrales d’achat de la grande distribution. Elles accusent les industriels de ne pas répercuter les baisses de cours des matières premières lorsqu’elles se produisent.
Dévastateur pour les filières animales. Les embardées du cours des céréales sont une très mauvaise nouvelle pour les filières d’élevage. L’Ouest de la France, première région de production animale en Europe, risque de s’enfoncer un peu plus dans la crise. Notamment les éleveurs de porcs. Déjà fragilisés par une crise qui dure depuis bientôt quatre ans, beaucoup ont des trésoreries exsangues.
[via] P. M., ouest-france.fr