Le rôle des Alpes comme « château d’eau de l’Europe » ne coule plus de source

Sous l’effet du réchauffement climatique, les Alpes risquent de ne plus pouvoir jouer leur rôle de « château d’eau de l’Europe ».
C’est le cri d’alarme lancé par des experts qui vont débattre du problème lors des États généraux de l’eau en montagne à partir de mercredi à Megève, en Haute-Savoie. « Avec le réchauffement climatique, l’hiver, la neige se transforme en pluie et ne permet plus de stocker l’eau. Or, normalement, c’est cette neige qui fond l’été qui sert à alimenter les rivières », résume Jean-François Donzier, directeur général de l’Office international de l’eau.
Selon des études du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), les glaciers alpins, qui ont déjà perdu entre 20 et 30 % de leur volume depuis 1980, pourraient régresser de 30 à 70 % de leur volume d’ici à 2050. Et la température moyenne des Alpes a augmenté en un siècle de plus du double du réchauffement terrestre global, soit en moyenne de 1,5° C.
« Les problèmes d’hydrologie sont déjà en train de se produire ou vont se produire bien plus vite que ceux du gaz à effet de serre », alerte Jean-François Donzier.
Conflits d’usage
« Les montagnes et leurs glaciers régulent l’alimentation des grands fleuves et pourraient même voir leur influence renforcée, ce qui ne sera pas sans provoquer des conflits d’usage de l’eau. Les enjeux économiques sont considérables », explique Dominique Raynaud, glaciologue au CNRS de Grenoble.
D’ici à 2100, on observerait ainsi en plaine une augmentation de 20 % des débits d’eau en hiver, les précipitations tombant de plus en plus sous forme de pluie plutôt que de neige, mais une réduction allant jusqu’à 55 % en été, selon le GIEC.
« L’eau est une ressource fondamentale que se partagent agriculteurs, stations de montagne, habitants et industriels », analyse Guillaume Cortot, membre de l’association France Nature Environnement.
« Le débat aujourd’hui n’est plus sur les effets du changement, mais sur la manière de s’y adapter », constate Pierre Lachenal, directeur de la société d’économie alpestre de Haute-Savoie, évoquant des « sujets qui divisent » comme par exemple l’eau utilisée pour fabriquer la neige artificielle, critiquée comme anti-écologique.
[via] lavoixdunord.fr